De mon premier jour d'école, je conserve un souvenir cuisant. J'avais été puni d'emblée pour un écart de conduite dans la cour de récréation et expédié "illico presto" dans la cave pour y méditer mon geste d'énervement excessif à l'endroit d'un camarade. Eliane Lachièze n'était pas une institutrice laxiste, sa rigueur voire sa sévérité firent très vite son succès. Elle débutait pourtant dans la profession,  mais elle avait déjà compris que sans discipline il n'y a pas d'éducation digne de ce nom. Elle avait obtenu le poste de La Rochette comme auxilliaire, avant de devenir, dans la dernière partie de sa carrière, directrice des écoles du groupe scolaire Jules Ferry à Saint-Yrieix-la-Perche. Ma mère a toujours conservé une coupure de presse qui restitue bien l'ambiance de notre petite école au milieu des  des taillis. A l'époque de Noël, nous partions cueillir le houx, accompagnée par notre maîtresse. Cela me fait aujourd'hui penser à certains passages du "Grand Meaulnes" que nous n'avions pas encore lu... Si j'ai acquis très tôt le goût de la lecture, je le dois à cette enseignante motivée et attentive à chacun de nous. Au fond de la salle de classe où trônait un poêle à bois, un placard avec une porte vitrée tenait lieu de bibliothèque. C'est là qu'étaient rangés les livres que nous venions emprunter chaque semaine et que nous emportions à la maison. J'avoue avoir eu un faible pour l'un de ces ouvrages, reconnaissable à sa couverture vert foncé et aux lettres d'or qui dessinaient son titre et le nom de l'auteur. C'était "Les chasseurs de loups" de James Oliver Curwood... Je ne m'en suis jamais séparé.