Soeur Emmanuel-Marie est une figure qui est restée dans la mémoire de beaucoup d'Arédiens. Un square porte aujourd'hui son nom à Saint-Yrieix, près de l'ancien orphelinat où elle intervenait autrefois. Elle était connue de tous sous le simple nom de  "Soeur Emmanuelle".

Je l'ai connue à l'école de La Rochette, où elle assurait la catéchèse une fois par semaine. Elle nous rencontrait toujours à l'extérieur des bâtiments, près de la "grotte" d'Arédius. Mais il lui arrivait aussi de nous réunir dans la grange voisine que les Barger mettaient à sa disposition par mauvais temps. Elle effectuait alors ses déplacements à pied et il m'arrivait de faire un bout de chemin avec elle, avant qu'elle ne rejoigne la route qui conduisait à Saint-Yrieix par La Rebeyrolle tandis que je me dirigeais vers la ferme de mes parents à travers les taillis. J'ai gardé le souvenir d'une personne d'une grande bienveillance, attentive à chacun de nous, à qui je me confiais sans crainte. J'ai su, en parlant avec mon père, qu'elle avait aussi assuré le "catéchisme"  à son époque. C'était juste avant la guerre de 1939-1945. Elle venait alors porter la Bonne Nouvelle au château de Douillac, le jeudi, et  plusieurs personnes des villages environnants qui s'y rendaient m'en ont également parlé avec émotion et respect.

Les origines de Soeur Emmanuel-Marie sont bretonnes. Elle était née au bord de la mer, en 1899. Son père, régisseur dans un château, était mort prématurément, alors qu'elle n'avait que dix-sept ans et le décès de sa mère était survenu l'année suivante. Elle fut alors accueillie par des religieuses bretonnes puis s'en alla rejoindre quelque temps sa soeur dans le Midi. Elle décida d'entrer dans l'ordre des Dominicaines de la Présentation de Tours, âgée d'une vingtaine d'années. Après son noviciat, elle partit en Angleterre puis revint en France où elle fut finalement envoyée en mission à Saint-Yrieix.

A partir de 1934, elle se consacra ainsi entièrement dans la petite cité arédienne aux enfants démunis, aux familles pauvres, aux exclus de toutes sortes. Soeur S... que j'ai rencontrée il y a quelques années à Tours, m'a expliqué qu'elle se rendait en particulier à Nouzillèras avant guerre pour s'occuper plus particulièrement des enfants des mineurs. Beaucoup étaient orphelins, la silicose faisait les ravages que l'on sait. Elle  se servait d' une lanterne magique pour distraire et éveiller au monde ces enfants défavorisés et souvent délaissés.

Pendant la guerre Soeur Emmanuel-Marie porta secours- je le tiens de la même source- à des enfants juifs qu'elle cacha, semble-t-il derrière l'autel, tout au fond de l'église. Elle agissait ainsi avec un grand courage, alors que des soldats allemands venaient à l'époque assister à certains offices religieux.

Beaucoup d'autres faits pourraient être rapportés, comme par exemple les activités dans le cadre du patronnage. Elle emmenait ainsi en "ses filles" qui avaient l'occasion unique de partir découvrir les Pyrénées ou la Bretagne où elle aimait venir se ressourcer par un attachement indéfectible à la terre natale. Sur un plan spirituel, elle s'interessa de près aux oeuvres de Theillard de Chardin et aux écrits de l'abbé R. Laurentin sur la famille de Bernadette Soubirou. Sa proximité avec les idées développées par le Concile Vatican II sont étalement soulignées par ceux qui l'ont bien connue , comme M.  J. M. Pélissier rédacteur d'une biographie dont s'inspire en partie cet article.

Soeur "Emmanuelle" dut quitter Saint-Yrieix en 1974 et fut dirigée vers la région parisienne où elle termina ses jours.

Christian Bélingard