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batteuse

L'arrivée de la batteuse marquait la fin des travaux d'été dans les champs. Malgré le travail dur, souvent en pleine chaleur, c'était un jour de fête à la ferme. Et pour moi, gamin exempté de tâches aussi lourdes, c'était un spectacle exceptionnel à ne pas manquer, une délicieuse récréation.

Les frères Robert de la Rebeyrolle arrivaient toujours en fin d'après-midi avec l'impressionnant convoi. Ils apportaient leurs caisses à outils, des crics énormes, et s'installaient dans la "charrière", autrement dit dans la cour de la ferme devant notre immense grange. L'emplacement de la batteuse était choisi avec le plus grand soin, il fallait ensuite caler la machine, mettre en place la courroie reliée au tracteur, la graisser...

Le lendemain, dés l'aube, arrivaient tous les paysans des environs, à pied, à vélo, quelques-uns seulement en voiture. C'était dans les années soixante et les automobiles se faisaient encore rares dans nos campagnes. Il fallait une main d'oeuvre nombreuse mais on la trouvait sans difficulté. La journée était réservée depuis longtemps, les plus fidèles de nos voisins auraient été vexés de ne pas avoir été invités à participer à la "fête".

Chacun avait son rôle. De fourche en fourche, depuis la barge, voltigeaient les gerbes qui finissaient par être englouties dans le ventre de "l'ogre". Cela produisait une poussière d'enfer. Les plus costauds avaient pour mission de transporter les sacs de grains proches du quintal et de les monter dans notre grenier. Il fallait passer par la cuisine où s'activaient ma grand-mère et ma mère chargées de préparer un repas pantagruélique pour cinquante personnes. Des voisines venaient aussi en renfort.

La paille, une fois battue, était entreposée en un énorme tas à l'extérieur des bâtiments. C'était le pailler qui constituait la réserve de litière pour les animaux rentrés à l'étable en hiver.

Et enfin, le soir venu, la fête pouvait commencer. Un repas solide, avec force pâtés, viandes,  volailles, tartes... On buvait aussi copieusement et tout se terminait en chansons. Pourtant, parfois dés le lendemain, la plupart des convives devaient se remettre au travail dans une autre ferme où la batteuse était déjà repartie...

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