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l'église Saint-Eutrope

L'église de la Rochette s'élevait au point culminant du bourg. Elle est signalée en 1756 par l'arpenteur chargé d'établir l'état des fonds de la paroisse. Elle était orientée sud-ouest/nord-est et on y accédait côté nord par des escaliers encore visibles vers 1940. Parmi les vestiges récupérés par des habitants du bourg à cette époque, il faut signaler les fonds baptismaux qui pourraient dater de l'époque romane. Un document daté de 1775 dans les papiers Taillefer ( archives de la Dordogne) révèle un usage fort ancien: la comtesse de Taillefer fit alors poser une litre à la Rochette. Il s'agissait d'une "ceinture" funèbre peinte sur les murs intérieurs de l'église. Enfin M. Barger a signalé la présence d'un arbre qu'il était d'usage de planter autrefois sur la place de l'église. Il s'agissait d'un orme abattu dans les années 1960-1970. Un buste reliquaire de Saint-Eutrope en bois sculpté, peint et doré, existe toujours. Il provient vraisemblablement de la petite église de La Rochette qui était dédiée à ce martyr dont le tombeau se trouve à Saintes et où une basilique a été édifiée à sa gloire. Voici ce qu'a écrit Grégoire de Tours (538-594) au sujet d'Eutrope:


site de l'ancienne église de la Rochette

"On rapporte qu'Eutrope, le martyr de la ville de Saintes, fut dirigé sur les Gaules par le bienheureux évêque Clément, qui, lui fit même la grâce de le consacrer évêque[1]. Quand il se fut acquitté de sa mission et qu'il eut prêché les païens, ceux-ci, que le père de l'envie ne lui permit pas de rendre accessibles à la foi, se soulevèrent contre lui. Il eut la tête brisée et succomba avec la gloire d'un vainqueur. Mais, comme il n'avait pas été enseveli dans un lieu convenable et que les honneurs accoutumés ne lui avaient pas été rendus par les chrétiens, à cause de la persécution qui régnait alors, on oublia tout à fait qu'il avait souffert le martyre. Voici comment cela fut révélé.

Longtemps après, une basilique ayant été élevée en son honneur, dès qu'elle fut achevée, Palladius, qui siégeait alors dans la chaire épiscopale, convoqua les abbés de son diocèse et fit transporter les cendres sacrées dans le lieu qui leur avait été préparé.

Lorsque cela fut fait deux des abbés, ayant soulevé le couvercle, examinèrent le corps saint et découvrirent une cicatrice à la tête, dans l'endroit où le tranchant de la hache avait frappé. Et pour que ceci n'eût pas été vu en vain, il s'y joignit bientôt un avertissement céleste; car la nuit suivante, comme les deux prêtres étaient couchés et goûtaient les douceurs du repos, Eutrope leur apparut et leur dit «Sachez que c'est par cette cicatrice que vous avez vue à ma tête qu'a été consommé mon martyre» Les peuples reconnurent par là qu'il était martyr; car on n'avait pas l'histoire de sa passion."

[1] Palladius, évêque de Saintes à la fin du VIe siècle (573-600), fit transférer les restes de saint Eutrope dans l'église de cette ville, où ils reposèrent jusqu'à la fin du XVIe siècle: à cette époque le corps fut brûle par les protestants. Les Actes de ce saint sont faux; aussi ont-ils été omis par les Bollandistes. Voir au 30 avril (R.) - En 1843, l'on a retrouvé dans l'église Saint-Eutrope de Saintes un sarcophage monolithe fermé par un couvercle sur lequel était gravé ce seul mot EVTROPIVS. Etait-ce bien le nom du saint ? Etait-ce ensuite le cercueil même où l'avait déposé Palladius, et non quelque ouvrage postérieur? Ces deux questions ont été résolues affirmativement par le savant Letronne (Revue archéologique, déc. 1845 et fév. 1846; Mém. de l'Acad des Insc. t XVII

 

 


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